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La fête des correcteurs d’imprimerie​

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On ne présente plus Jean-Pierre Colignon, correcteur d’imprimerie, d’édition puis de presse, et qui fut à la tête du service correction du Monde pendant une vingtaine d’années.
Son blog (jeanpierrecolignon.wordpress.com), qu’il alimente quasi quotidiennement, regorge de rappels orthographiques (en réponse aux questions de ses lecteurs), de calembours, d’anecdotes et de plongées dans le passé, dont celle-ci, qui nous fait prendre conscience que les raouts de CEB doivent sans doute beaucoup aux « grandes fêtes populaires » organisées jadis par le Syndicat des correcteurs.
Cet article de 1978 pour l’annoncer est « l’occasion […] d’attirer l’attention sur un métier de l’imprimerie peu connu et qui est pourtant l’un des plus anciens, l’un des plus délicats et l’un des plus importants », excusez du peu !
 
 

La fête des correcteurs d’imprimerie

Le Syndicat des correcteurs organise, le dimanche 25 juin (1978), de midi à minuit, à la Cartoucherie de Vincennes, une grande fête populaire. Outre les correcteurs, leurs familles et leurs amis, tous ceux qui voudront bien se joindre à eux, sans distinction ni conditions d’appartenance ou de profession, sont cordialement conviés à s’y rendre. C’est l’occasion, pour nous, d’attirer l’attention sur un métier de l’imprimerie peu connu et qui est pourtant l’un des plus anciens, l’un des plus délicats et l’un des plus importants.

Par PIERRE VIANSSON-PONTÉ

Publié le 22 juin 1978.

Tout texte imprimé, depuis le plus modeste tract jusqu’à l’ouvrage technique le plus savant, sans oublier les journaux, les livres, les revues, les annuaires et jusqu’au moindre prospectus, est passé – ou devrait être passé – au moins une fois avant d’être livré au public entre les mains d’un correcteur d’imprimerie. Sa tâche consiste à expurger les épreuves qui lui sont soumises des erreurs typographiques, des fautes de grammaire, de syntaxe, d’orthographe, de ponctuation, mais aussi de fond, qu’elles pourraient contenir.

Il doit veiller à chaque détail de forme : l’utilisation à bon escient des majuscules, des différents types de caractères tels que le romain – qui a servi à composer cet article – ou l’italique, des abréviations conventionnelles ; la coupure des mots en fin de ligne, la régularité des interlignes, l’enchaînement des alinéas ; les lettres qui se chevauchent, qui manquent ou sont à l’envers, les lignes mélangées, déplacées ou inversées, etc.

Il lui appartient également de traquer et de déceler les erreurs de fond. Les auteurs, surtout dans la presse, n’ont pas toujours le temps de relire et de parfaire dans le détail les textes qu’ils fournissent, parfois transmis par téléphone ou par câble. Les typographes ne peuvent vérifier eux-mêmes toute leur production. Au correcteur le soin de mettre ces textes et cette production définitivement au point. Il ne suffit pas, pour y parvenir, d’être capable d’une attention soutenue et scrupuleuse, de posséder une mémoire particulièrement active et bien meublée, d’avoir de vastes connaissances sur tout. Il faut encore, et notamment dans un texte littéraire, sentir le mouvement de la phrase, le système d’images auquel recourt l’auteur, les intonations qui lui sont particulières, afin que les rectifications apportées évitent d’abîmer le style, de l’affaiblir ou de le modifier.

La grande difficulté de ce métier réside sans doute en ceci : il faut monter une garde vigilante autour des règles de l’orthographe, de la grammaire et de la syntaxe, veiller avec soin aussi à l’harmonie et à l’exactitude du texte examiné, et, en même temps, ne pas laisser passer d’erreurs typographiques. Cette lecture d’épreuves, très différente d’une lecture ordinaire, exige donc que le correcteur ne se laisse pas emporter par le sujet au risque de perdre de vue les détails, mais qu’il ne lise cependant pas de façon mécanique, sous peine de n’être plus en mesure de juger l’essentiel. Culture, attention, méthode, rigueur, telles sont les qualités qu’on exige de lui à chaque instant et sur-le-champ, car, dans la presse par exemple, tout va vite, très vite, trop vite.

Pierre Viansson-Ponté (le Monde).